Sur une même chanson, deux couples peuvent danser la bachata sans faire du tout la même chose. L’un enchaîne des jeux de jambes rapides, très près du sol ; l’autre déroule des ondulations lentes, le buste en mouvement continu.
Ce sont deux styles différents, nés à quarante ans et six mille kilomètres d’écart, et un troisième s’est glissé entre les deux.
C’est l’originale, la danse emblématique de la république dominicaine, née dans les campagnes et les quartiers populaires au milieu du XXe siècle, dont nous racontons l’histoire complète ici.
Ce qui la caractérise :
• un jeu de jambes rapide, avec des syncopes et des petits pas improvisés ;
• une danse très près du sol, les genoux souples ;
• beaucoup de temps passé en position fermée, corps serrés, avec des ouvertures brèves pour laisser chacun jouer ;
• un guidage court, sur les bras et le contact, plutôt que de grandes amplitudes.
La bachata dominicana cherche le rythme, le dialogue et l’humour entre les partenaires bien plus que la figure spectaculaire. C’est celle qu’on voit dans les colmados, et celle que dansent la plupart des dominicains.
Dans les années 2000, la bachata quitte l’île et arrive dans les écoles européennes et nord-américaines. Les professeurs y importent leur vocabulaire de salsa : tours, passes, changements de place.
La bachata moderne est cette première adaptation. Le pas de base reste le même, mais la danse se structure autour de figures et alterne beaucoup plus entre position fermée et positions ouvertes.
C’est souvent le style enseigné par défaut dans un cours de bachata en France, même quand personne ne le nomme.
C’est la plus récente, et la plus facile à identifier.
Elle est née à Cadix, en Espagne, dans les années 2000. C’est Korke (Jorge Escalona) qui l’a créée, avant que Judith Cordero ne le rejoigne et ne la développe avec lui. Korke et Judith y ont intégré des éléments empruntés à la danse contemporaine, au zouk et au tango.
On la reconnaît d’abord à ses isolations : le buste, les hanches et la tête bougent indépendamment. S’y ajoutent des ondulations du corps menées par le guidage du partenaire, des jeux de bras, des temps suspendus, et une danse en couple très connectée, souvent plus lente.
Elle est sensuelle au sens technique du terme : le mouvement naît du corps entier et non des pieds. Les isolations demandent un travail corporel que la bachata traditionnelle n’exige pas.
Au-delà des trois styles principaux, la bachata se mélange à peu près à tout. Les différents styles de bachata nés de ces croisements se comptent par dizaines ; trois reviennent régulièrement.
La bachata fusion emprunte à d’autres danses selon le professeur : contemporain, hip-hop, kizomba. Le terme est volontairement large.
La bachata urbaine intègre des codes du reggaeton et du hip-hop. Elle est surtout portée par une génération plus jeune, dans les grandes villes.
Le bachatango croise la bachata et le tango, avec des postures, des marches et des figures de jambes empruntées au tango argentin.
Ces variantes se croisent rarement en soirée et vivent surtout en atelier et en spectacle.
| Dominicaine | Moderne | Sensuelle | |
| Origine | République Dominicaine, années 1960 | Écoles occidentales, années 2000 | Cadix, Espagne, années 2000 |
| Bas du corps | Jeux de jambes, syncopes | Pas de base, déplacements | Pas simples |
| Haut du corps | Peu sollicité | Bras et tours | Isolations, ondulations |
| Position | Fermée, ouvertures brèves | Alternance permanente | Fermée, très connectée |
| Tempo préféré | Rapide | Moyen | Lent |
Pour un débutant, c’est une bonne nouvelle : les bases de la bachata sont communes aux trois styles. Les pas de base et le cycle en quatre temps restent les mêmes, la base de la bachata ne change pas d’un style de danse à l’autre, et l’on peut donc passer de l’un à l’autre sans repartir de zéro.
Chacun demande cependant autre chose.
La bachata dominicaine est la plus facile à apprendre au sens où elle ne réclame aucun travail corporel préalable, mais son rythme rapide déroute au début.
La sensuelle paraît accessible parce qu’elle est lente. Les isolations prennent pourtant des mois, et un guidage mal compris se voit immédiatement.
La moderne est le compromis le plus courant, et c’est souvent par elle qu’on entre.
Le plus simple reste de goûter plusieurs styles avant de choisir. Un cours de danse d’essai dans deux écoles différentes vous en apprendra davantage que n’importe quel article.
En France, une soirée bachata mélange à peu près tout, et les danseurs passent d’un style à l’autre selon la chanson et selon le partenaire.
La règle implicite veut que celui qui guide propose un style et que l’autre suive. Un danseur expérimenté lit ce que la personne en face maîtrise et s’y adapte. La qualité d’une danse se joue davantage là que dans la technique.
Les soirées bachata programment aussi de la salsa, du merengue et parfois de la kizomba. Savoir reconnaître la musique de bachata au premier accord de guitare fait gagner du temps : nous expliquons comment différencier la bachata, la salsa et la kizomba à l’oreille et sur la piste.
En République Dominicaine, la question se pose à peine. On y danse la bachata dominicaine sans l’appeler ainsi. Les autres danses latines existent, le merengue en tête, mais la bachata tradicional reste le socle.
À Las Terrenas, une belle soirée passe par le Mosquito Bar : un bar sans murs, au bord de la mer, où un DJ se mêle à des percussionnistes qui jouent en live. Dominicains et voyageurs y dansent ensemble, et le niveau est souvent très bon.
Chacun y arrive avec son style, et personne n’est là pour corriger l’autre. Personne ne vous dira « ici, c’est de la dominicaine, pas de la sensuelle ». Les bons danseurs s’ajustent à ce que propose leur partenaire, et c’est ce qui rend ces soirées faciles pour un voyageur : il suffit d’écouter la personne en face.
Ce qui change vraiment, c’est la musique. L’identité musicale de la bachata y est plus marquée, plus rugueuse que dans les productions pop qu’on entend en Europe, et c’est elle qui ramène naturellement vers les racines de la danse et vers un pas plus petit.
Le bas du corps contre le haut du corps. La dominicaine travaille les jeux de jambes et le rythme ; la sensuelle travaille les isolations du buste et les ondulations.
Surtout par les voyageurs et les danseurs de festival. La bachata que l’on danse spontanément dans les bars reste la dominicaine.
Non. En soirée, chacun danse avec son style et s’adapte à son partenaire. Les cours sur place, en revanche, vous feront travailler la dominicaine.
La moderne. Elle donne assez de figures pour tenir une danse et se combine facilement avec les autres.
Korke (Jorge Escalona), à Cadix. Judith Cordero l’a rejoint ensuite, et c’est à deux qu’ils l’ont fait connaître dans les festivals.
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